Dès janvier 2027 : le cumul emploi-retraite va coûter cher

Alors que l’attention médiatique reste focalisée sur l’âge de départ à la retraite, une réforme plus discrète est en train de rebattre les cartes en profondeur : le cumul emploi-retraite. Peu commentée, elle pourrait pourtant transformer durablement la liberté d’action des futurs retraités à partir de 2027.

Derrière cette évolution technique se cache un changement de philosophie qui va impacter durablement la manière dont les futurs retraités envisagent une activité professionnelle après leur départ.

Un dispositif largement utilisé, mais souvent mal compris

Le cumul emploi-retraite permet aujourd’hui à un retraité de percevoir simultanément une pension et des revenus issus d’une activité professionnelle. Contrairement à une idée reçue, ce mécanisme ne concerne pas une population marginale.

Selon la Cour des comptes, environ 710 000 personnes y avaient recours en 2020, générant en moyenne 9 000 € de revenus annuels issus de leur activité.
Plus récemment, en 2023, 606 000 personnes âgées de 55 ans ou plus déclaraient travailler tout en percevant une pension de retraite, soit 4,2 % des retraités de cette tranche d’âge, d’après l’enquête Emploi en continu de l’INSEE.

Deux régimes aujourd’hui en vigueur

Le système actuel repose sur deux modalités distinctes :

  • Le cumul intégral : accessible aux personnes ayant liquidé leur retraite à taux plein. Dans ce cas, les revenus professionnels peuvent être perçus sans plafond et sans impact sur la pension.
  • Le cumul plafonné : concerne les retraités n’ayant pas atteint le taux plein. Les revenus cumulés (pension + activité) sont alors limités à 160 % du SMIC ou au dernier salaire brut, selon l’option la plus favorable. Tout dépassement entraîne une réduction de la pension.

Ce cadre relativement souple a favorisé des usages très divers, allant du complément de revenus à la poursuite d’une activité à forte valeur ajoutée.

Ce qui va changer à partir de 2027

Conformément aux recommandations de la Cour des comptes, les règles devraient être profondément durcies à compter du 1er janvier 2027.

Le principe est clair : travailler avant 67 ans tout en percevant sa retraite deviendra nettement moins avantageux financièrement.

Dans les grandes lignes :

  • Pour une personne ayant liquidé sa retraite à l’âge légal (qui doit progressivement atteindre 64 ans), l’intégralité des revenus d’activité serait déduite de la pension.
  • Entre l’âge légal et 67 ans (âge d’annulation de la décote), la pension pourrait être réduite à hauteur de 50 % des revenus d’activité dépassant un seuil, évoqué autour de 7 000 € par an.
  • Le cumul intégral redeviendrait possible uniquement à partir de 67 ans.

L’objectif affiché par le Ministère du Travail est de recentrer le dispositif sur sa vocation initiale : soutenir les retraités disposant de pensions modestes, et non encourager une poursuite d’activité généralisée.

Des profils très contrastés parmi les retraités actifs

Le rapport de la Cour des comptes met en lumière une réalité souvent ignorée : les retraités qui travaillent ne forment pas un groupe homogène. Quatre profils principaux se dégagent :

  • 27 % : des cadres bénéficiant de pensions élevées
  • 27 % : des professions intermédiaires aux pensions modestes
  • 24 % : des personnes aux carrières longues et pensions intermédiaires
  • 22 % : des retraités aux parcours professionnels heurtés, avec des pensions faibles – majoritairement des femmes

Ces données rappellent que le cumul emploi-retraite répond à des logiques très différentes : nécessité économique, maintien d’un statut social, envie de transmission ou simple difficulté à décrocher d’un rôle professionnel structurant.

Un enjeu central pour penser l’“après” autrement

Au-delà des ajustements techniques, cette réforme marque surtout un tournant symbolique fort. Le législateur siffle la fin d’une liberté jusque-là accordée à celles et ceux qui avaient fait “le job” : cotiser, atteindre l’âge légal, valider le nombre de trimestres requis et ouvrir droit à une pension complète.
Jusqu’ici, continuer à travailler relevait d’un choix — parfois contraint, parfois profondément désiré — mais un choix néanmoins légitime. À partir de 2027, ce choix devient suspect, financièrement pénalisé, presque dissuadé. Comme si le message implicite était clair : vous avez cotisé, vous avez droit à votre retraite… mais pas à la liberté d’en faire ce que vous voulez.


Derrière cette réforme se dessine ainsi une forme de “punition douce” à l’égard de ceux qui souhaitent rester actifs, transmettre, contribuer ou simplement maintenir un équilibre personnel. Une évolution qui oblige, plus que jamais, à repenser la transition retraite non comme une simple sortie du travail, mais comme une véritable stratégie de vie.

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